NOTRE DAME DES HIRONDELLES- Création collective de la Compagnie Jours Tranquilles

D’après le texte de Marguerite Yourcenar tiré du recueil  « Les nouvelles orientales»

Spectacle jeune public



La proposition de Fabrice de travailler sur la nouvelle de Marguerite Yourcenar et de nous adresser à un jeune public après de nombreuses collaborations pour adultes m’enthousiasmé. Il s’agissait d’une collaboration avec des créateurs visuels travaillant la vidéo, la lumière, le son et les costumes et de créer une sorte de fresque scénographique pouvant éclairer le texte. Nous voulions un spectacle stimulant l’esprit critique des enfants tout autant que leurs sens. Nous désirions transmettre cette nouvelle magnifique tout en préservant l’écriture de Yourcennar (à priori ardue?) pour eux. 


J’ai tenté, par la scénoghraphie et par des propositions scéniques, de rendre perceptibles les propos extrêmement violents que sous-tend le texte. Le choc de cette langue raffinée associé à des images suffisament fortes pouvait éclairer notre propos. Notre dame des hirondelles conte le parcours d’un moine missionaire voulant évangéliser la terre.  Aveuglé par ses convictions monothéistes et confronté aux rites païens d’un village Grec, il réalisera un véritable génocide de nymphes afin d’éradiquer “les créatures du mal” de la surface de la terre. Cette nouvelle nous questionne sur les chemins obscurs de l’âme humaine, de l’individu face à son désir bestial de pouvoir et de sa volonté à faire régner sa loi avec violence, intransigence et perversion .Ce texte nous confronte aussi à l’ambiguité humaine nous retranchant dans des sentiments mélés de désir et de peur. Bien que très brève, la nouvelle de Yourcenar est pleine de descriptions de lieux où se passe l’action, c’est un véritable cheminement physique et mental.


Je voulais rester à l’échelle des enfants, celle qui me semblait être la leur, un petit espace où l’enfant pourrait se projeter. J’ai commencé très vite à dessiner un story board. Notre partis-pris était d’intégrer la vidéo au décor. Certains éléments comme l’arbre, le nuage ou l’herbe étaient de véritables surfaces de projection. De fait ces éléments " habillés " par la vidéo, pouvaient prendre vie ou apparaître comme de frêles silhouettes rapellant les dessins d’enfants. Il me fallait trouver un médium qui me permettait d’accéder à un univers proche de celui des enfants. Le dessin, car il permet d’aller à l’essentiel. Il faut la Grèce… o.k… et hop un dessin de la Grèce, ou plutôt non… le petit village car l’action peut se produire n’importe où dans l’idée que cet homme a déjà parcouru le monde et qu’il en est à sa dernière conquête. Il faut des fées… des fées et leur repère, le gros chêne de la place du village, il faut un territoire d’où peux être chassées les nymphes et une grotte où elles seraient enfermées par leur tortionnaire, le moine Thérapion. La scénographie était donc en place sur le papier comme un dessin d’enfant: un sol, un arbre, une lande, une cabane.


J’imaginais des saisons, le rythme du spectacle serait ainsi relié à la cadence naturelle des éléments. Je voulais commencer en été et finir en hiver, créer une progression sensitive et visuelle  oppressante, donner à voir de manière métaforique le caractère mortifère de l’entreprise du moine. La nature suivant son cycle naturel, sans cesse renouvelé, de naissance et de mort. Je voulais  faire ressortir les multiples facettes de la nature et de ce moine dans ce qu’ils ont de plus dangereux, de menaçant mais aussi de mystérieux et d’envoûtant.


La fable de Yourcenar nous trompe au départ sur le caractère du moine Thérapion, comme le personnage principal Humbert Humbert du roman de  Nabokov “Lolita”, Yourcennar nous fait un portrait du moine Thérapion héroïque réalisant de formidables exploits , nous sommes en complète empathie avec lui, puis la fable avançant ce héros prend des allures de monstre nous plongeant dans un réel sentiment de dégout.La progression de l’action scénique et scénographique accompagne ce mouvement de répulsion. Concrètement nous débutons dans un espace vivant, organique et " bordélique" et progressons vers une image propre et rangée mais dénuée de vie.

Dans son délire de “ grand ménage “ le moine Thérapion tire des tapis d’herbes roulés au départ de la pièce recouvrant ainsi le plateau d’une cape uniforme et artificielle, brûle les souches de bois, plante des croix de manière compulssive donnant aux paysage l’allure lugubre d’un grand cimetière hermétique.Thérapion détruit la vie et ratisse la nature.

La mise à mort des Nymphes est le moment charnière de la pièce, de la victoire jouissive et monstrueuse du moine: Les éléments de décors et la gestion de l’espace crées une sorte de tension montante, comme un bruit sourd qui s’étire pour arriver à cette monstrueuse victoire. Comme dans un bon film d’horreur “à la Evil Dead”, la scénographie suit le schéma classique d’une lente progression vers l’horreur.

Nous commençons la pièce dans un climat extrêmement agréable et doux, désordonné et plein de vie et finissons dans un chaos stérile. J’ai travaillé sur une tempête qui se prépare et va éclater. La douceur de l’été, sa chaleur réconfortante, une légère brise. Le ciel s’obscurcit, un orage arrive au loin, se rapproche, quelques gouttes, le ciel devient très sombre, puis noir et explose. Un grand fracas, le tonnerre gronde, et puis silence… Un grand silence.

C’est l’agonie des Nymphes qui gémissent et n’ont plus que quelques souffles de vie à exhaler. Après cela un grand calme, c’est le vide, la mort mais aussi le temps de la réflexion.

Pour la grotte refuge des Nymphes qui se transforme en chapelle/prison dans la nouvelle de Yourcenar, j’imaginais un système simple et évocateur : une petite maison en acier, légère, que le moine amène sur scène d’un simple geste. Il la dépose là et prépare son piège à nymphes. La maison est faite de fers à béton traçant les arêtes, rappelant les contours du dessin des maisons  que je dessinais enfant. Le moine y dépose un bol de lait afin de capturer sa naïve proie. Une fois la Nymphe à l’intérieur  il se jette sur la maison muni d’un grand rouleau de cellophane, emballe la maison, de manière à la recouvrir complètement, enfermant ainsi la nymphe. La maison devient au cours de cette manipulation un volume transparent qui donne l’idée de ce long travail de construction de la chapelle décrit dans le texte.

Pour la mise à mort, le moine amène sur scène une machine à fumée, incise l’enveloppe de cellophane, y place le tuyau et d’un mouvement sec du poignet actionne le bouton “On” de la machine envoyant ainsi les gazs. La cabane, dans un grand silence, se remplit de fumée rendant de plus en plus opaque l’image du corps de la nymphe captive.


La dichotomie rythmique de ces deux actions simultanées : la rapidité dans la mise en place du piège et le grand calme qui en découle crée un sentiment d’une profonde plénitude mêlée à une grande tristesse.






Conception et mise en scène

Nicole Seiler et Fabrice Gorgerat

Vidéo

Nicole Seiler

Scénographie et accessoires

Estelle Rullier

Construction des décors

Serge Perret

Costumes

Karine Vintache

Création sonore et musique

Laure Milena

Régie son

Philippe de Rham

Lumière

Daniel Demont

Assistanat et régie lumières

Stéphanie Rochat

Jeu

Anne Maud Meyer

Gianfranco Poddighe

Julie-Kazuko Rahir





Création - Petit théâtre

Lausanne 2009



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Photographie © Estelle Rullier

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